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L’agroforesterie à l’essai dans les Hauts-de-France

12-05-2020

Actualité

Élevage

L’agroforesterie est encore peu développée dans notre région. Il manque des références locales pour lever les freins de certains agriculteurs. Témoignage de Lucie Blary, éleveuse de poules pondeuses.

L’agroforesterie est testée dans le Pas-de-Calais dans une parcelle de 18 hectares. © Yncréa

Quand on parle d’agroforesterie, on imagine souvent de grandes plaines céréalières parsemées de rangées d’arbres. « C’est un exemple parmi plusieurs types de techniques d’agroforesterie », rappelle Alice Dufossé, conseillère à la chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais.

La définition de l’agroforesterie est, en fait, bien plus large. « En élevage, l’agroforesterie concerne les prairies, par exemple, poursuit-elle. À partir du moment où la culture d’arbres est associée à une autre production, qu’elle soit végétale ou animale, on peut parler d’agroforesterie. »

Dans les Hauts-de-France, la pratique est encore rare. Pour qu’elle se développe, certains freins et incertitudes doivent être levés. Les agriculteurs ont aussi besoin de s’appuyer sur des références locales.

Une bulle de verdure au milieu des plaines céréalières du Cambrésis

Une dizaine d’agriculteurs de la région, pionniers, se sont lancés il y a plus ou moins longtemps dans cette technique. Lucie Blary, éleveuse de poules pondeuses à Buissy (62), en fait partie. Elle a créé un projet d’agroforesterie l’année dernière.

Lucie Blary, éleveuse de poules pondeuses à Buissy (59). © L.Blary

L’exploitation de Lucie Blary est facile à repérer. C’est la seule entourée de verdure dans la plaine céréalière du Cambrésis. Lors de son installation, la jeune éleveuse avait envie d’importer un peu de ses origines bretonnes sur son exploitation. « J’ai créé mon entreprise l’année dernière en construisant un poulailler, raconte-t-elle. Je voulais avoir une activité qui me corresponde, en accord avec mes principes. J’ai donc choisi d’élever des poules pondeuses en plein air. » Facile à dire mais en pratique cela demande un peu de ruse. Car il ne suffit pas d’ouvrir la trappe pour que les poules sortent, il leur faut un chemin balisé.

Pour cela, la jeune éleveuse plante des arbres dans sa prairie attenante, créant ainsi une zone bocagère sur trois hectares. « Le dessin de cette plantation est très structuré, décrit-elle. Nous avons créé une haie de 150 mètres de longueur avec plusieurs strates pour arrêter le vent. À la sortie du poulailler, il y a quatre peignes avec des arbustes disposés linéairement tous les 15 mètres afin de permettre aux poules de se repérer et de profiter de l’ombre. Au fond du parcours, il y a les arbres fruitiers. Et autour de l’exploitation, je projette d’implanter du miscanthus. »

Un vrai cocon de verdure pour entourer le poulailler. Au total, 130 arbres, dont 30 fruitiers, ont été plantés aux côtés de plus de 300 arbustes mellifères. Car Lucie Blary a d’autres projets : vendre les fruits transformés et mettre des ruches. « En installant ces arbres, j’espère y implanter une nouvelle faune, plus diversifiée », ajoute-t-elle.

Des arbres et des convictions

Pour en arriver là, Lucie Blary est retournée sur ses terres natales de Bretagne pour se former à l’agroforesterie, faute d’offres dans le Nord ou le Pas-de-Calais. Les bases acquises, la chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais a pris le relais pour l’aider à peaufiner son projet : concevoir le plan, réaliser le dossier de subventions, etc. « En février, nous avons commencé la plantation, raconte-t-elle. C’est une entreprise qui s’en est occupée car nous ne disposions pas d’assez de temps. L’investissement s’est élevé à 14 000 euros, main-d’œuvre comprise. » En plus des plants, il a fallu financer les protections et les tuteurs pour les arbustes. L’éleveuse a pu bénéficier d’une subvention régionale.

Depuis, elle chouchoute ses arbres. Elle les arrose, vérifie la reprise, enlève les adventices ou encore coupe les herbes hautes… Bref, cela demande de l’entretien. « Il faut planter par conviction et aimer les arbres, conseille Lucie Blary qui a une formation d’horticulture en poche. Sinon, cela peut vite devenir une contrainte. Je me suis lancée dans l’agroforesterie pour améliorer la biodiversité mais aussi pour d’autres raisons. J’ai planté des arbres pour l’avenir, pour que ce type d’agriculture redevienne une normalité, pour éviter l’érosion mais aussi pour redonner une fierté à mon métier. » Et l’agricultrice, pionnière en la matière, espère être suivie par de nombreux agriculteurs de la région.

Lucie Debuire

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