Votre météo par ville

Elevage : des vaches kiwis dans les prairies de l’Avesnois

17-06-2022

Actualité

Élevage

Estelle et Ludovic Merlant élèvent dans les vertes pâtures de Dompierre-sur-Helpe une race de vaches méconnue en France : les kiwis. Issues d’un croisement entre jersiaise et frisonne, ces petites ruminantes sont taillées pour le pâturage.

Après avoir repris la ferme familiale en 2011, Estelle et Ludovic Merlant ont complétement revu leur système de production en remplaçant leurs vaches prim’holstein par des kiwis. © D. R.

L’Avesnois, ses vertes prairies et… ses vaches kiwis ! Aussi surprenant que cela soit, les pâtures de la ferme d’Estelle et Ludovic Merlant en regorgent. 208 en tout, qui passent le plus clair de leur temps en pâture, sont nourries uniquement à l’herbe, et ne sont traites qu’une fois par jour, le matin, pour alimenter la laiterie Lactalis de Petit-Fayt (59). Alors que le système classique prévoit des traites matin et soir.

Car autour de cette petite vache rustique taillée pour les prairies plus que pour l’étable, c’est tout leur système que ce couple d’éleveurs – par ailleurs parents de quatre enfants – ont remis en cause. Tout miser sur l’herbe, abandonner les achats de soja, la production de maïs ensilage et réduire leur consommation de gasoil : c’est leur système actuel. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Du bâtiment au pâturage tournant

Associés au sein du Gaec de la Fenache, à Dompierre-sur- Helpe (59) dans l’Avesnois, Estelle et Ludovic Merlant reprennent la ferme des parents de ce dernier en 2011, qui compte alors 160 prim’hosltein (les vaches noires et blanches bien connues de nos paysages). « Jusqu’en 2016-2017, nous sommes restés dans le système classique, dans une logique d’investissement et de croissance, avec en permanence un salarié », confie le couple.

En 2016, arrive la « crise du lait ». Avec la fin des quotas laitiers en Europe, « le prix du lait a fortement chuté, se souvient Estelle Merlant. Nous n’avions plus une qualité de vie qui nous permettait d’être à l’aise par rapport à la quantité de travail fournie. En 2017, nous devions réaménager les bâtiments pour continuer d’accroître le cheptel et faire plus de lait. On s’est posé la question du bio à ce moment-là. Nous avons fait des études comparatives : 140 prim’holstein en bio, ou 180 vaches en conventionnel avec réaménagement. Les deux options ne présentaient pas de grosse différence, mais passer en bio nous permettait de mieux valoriser le lait. » La décision est prise.

Au pays du Kiwi

En parallèle, son mari Ludovic s’intéresse à la technique du pâturage tournant dynamique, un système venu de Nouvelle-Zélande où l’on découpe les prairies en petites parcelles avec des abreuvoirs où le troupeau reste trois jours au maximum. Le but : lui fournir une herbe avec les meilleures qualités nutritionnelles possibles. Le couple se lance, non sans quelques difficultés. « La première année, on a eu beaucoup de problèmes de fertilité et de boiteries avec nos vaches », se souvient Estelle Merlant. Pour des holstein habituées aux aliments concentrés, le passage au « tout herbe » est synonyme de déficit énergétique.

Le couple se fait alors suivre en 2018 par PâtureSens, un cabinet spécialisé dans les systèmes herbagers. « En septembre 2019, poursuit l’éleveuse, ils nous ont emmenés au Pays de Galles pour rencontrer des éleveurs en pâturage tournant dynamique depuis une quinzaine d’années, qui appliquent les vêlages groupés de printemps (une technique qui vise à faire vêler tout le troupeau au printemps pour que les vaches bénéficient de l’herbe la plus riche au début de leur lactation, ndlr). Mais pour cela, il faut une race qui ait une fertilité hors de la moyenne, c’est le cas des kiwis. »

Petit, mais costaud

Issue d’un croisement entre la jersiaise et la frisonne pie-noir, la kiwi est une petite vache robuste et productive. Moins que la holstein certes, mais plus adaptée à la vie en prairie. Elle représente la moitié du cheptel en Nouvelle-Zélande, grand pays producteur de lait.

Après les avoir vues au Pays de Galles, la décision des Merlant est vite prise. « Deux mois après, en novembre 2019, nous avons reçu notre premier lot de génisses kiwis prêtes à vêler, raconte Estelle Merlant. Elles ont un caractère un peu trempé, mais sont très curieuses et assez dociles. En juillet 2020, nous en avons acheté un second lot de 90 veaux de trois mois. » En parallèle, ils revendent progressivement leurs prim’holstein.

La kiwi produisant moins de lait, il faut un cheptel plus grand : le troupeau du Gaec compte aujourd’hui 208 kiwis. « Il a fallu aménager les box, rétrécir la contention en salle de traite… Car la kiwi, c’est une demi holstein ! »

Avantages collatéraux

Si le Gaec a pu se permettre de passer d’un système de production de lait classique, avec du maïs dans la ration, à un modèle basé sur l’herbe, c’est grâce à une particularité importante : « Nos parcelles sont regroupées autour de notre ferme. Nous avons aussi de bons voisins, avec qui nous avons pu échanger des parcelles pour agrandir le bloc autour de la ferme. » Une condition sine qua non du pâturage tournant dynamique.

Bien qu’ils produisent un peu moins de lait désormais, les Merlant ne reviendraient pas en arrière. Depuis cette année, ils ne traient plus qu’une fois par jour, uniquement le matin. Avec les vêlages de printemps, ils ferment également leur salle de traite deux mois l’hiver. « Les vaches sont en pâture tout le temps, de février-mars après les vêlages jusqu’en novembre-décembre, moment auquel nous fermons la salle de traite. Nous avons alors deux mois au calme en hiver, où on peut être plus avec les enfants. » Un luxe pour ces éleveurs qui ont connu les semaines à 70 heures.

« Et puis, conclut Estelle Merlant, nous sommes devenus maîtres de notre outil : plus besoin d’intrants. On ne dépend pas du cours du soja, très peu du prix du carburant, nos investissements sont très limités… Tout ce que nous pourrions faire pour valoriser encore mieux nos pâtures, c’est d’augmenter encore un peu la taille de notre cheptel. »

Lucie de Gusseme

Lire aussi : Au chaud cet hiver grâce au Mohair de Mormal

Facebook Twitter LinkedIn Google Email
Noël autrement (4/4). De garde avec les soignants
À l'approche de Noël, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui célèbrent cette fête de manière différe [...]
Lire la suite ...

Noël autrement (3/4). Une fête aux accents d’ailleurs
À l'approche de Noël, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui célèbrent cette fête de manière différe [...]
Lire la suite ...

Émilie roibet, itinéraire d’une reconversion bien pensée
Architecte paysagiste de formation, Émilie Roibet a quitté ses bureaux lillois pour créer sa ferme florale "À l'ombr [...]
Lire la suite ...

Une Cuma qui a le sens de l’accueil
Localisée à Bois-Bernard, la Cuma " L'accueillante " est confrontée aux départs en retraite de ses membres, souvent [...]
Lire la suite ...

DOSSIER ÉNERGIE. À la centrale de Lens, le bois devient énergies
Unique dans la région, par son genre et sa taille, la centrale de cogénération de Lens produit à la fois de l'élect [...]
Lire la suite ...

Inondations : après la pluie, se reconstruire
Une semaine après les premières crues, le Pas-de-Calais tente d'émerger peu à peu, malgré la menace de nouvelles in [...]
Lire la suite ...

Inondations : 50 millions d’euros pour les collectivités sinistrées
Le chef de l'État en déplacement à Saint-Omer et à Blendecques, le mardi 14 novembre, a annoncé un plan d'aide pou [...]
Lire la suite ...

À la ferme du Major, “on crée de l’énergie”
La ferme d'insertion du Major, à Raismes, emploie 40 hommes et femmes éloignés de l'emploi pour leur permettre, en ac [...]
Lire la suite ...

Jean-Marie Vanlerenberghe : « L’attentat à Arras a souligné les failles du dispositif »
Ancien maire d'Arras et doyen du Sénat, Jean-Marie Vanlerenberghe réclame « une réponse ferme » mais dans le resp [...]
Lire la suite ...

Changer de goût et agir pour le futur
Plus saine, plus durable, plus accessible, l'alimentation de demain doit répondre à d'innombrables défis. À l'occasi [...]
Lire la suite ...

Retour sur la première édition du championnat international de la frite
Le premier championnat international de la frite s'est déroulé à Arras le samedi 7 octobre 2023. Soleil et ambiance [...]
Lire la suite ...

Jean-Paul Dambrine, le patron sensas’
Il est l'icône de la frite nordiste. À 75 ans, Jean-Paul Dambrine, fondateur des friteries Sensas et président du jur [...]
Lire la suite ...

Quatre lycéennes d’Anchin à la conquête de l’Andalousie
Iris, Angèle, Louise et Eulalie, lycéennes à l'Institut d'Anchin, ont passé trois semaines caniculaires près de Sé [...]
Lire la suite ...

Élections sénatoriales : dans le Nord, plusieurs nuances de rose, plusieurs nuances de bleu : l’éparpillement façon puzzle
Avec 11 sièges à pourvoir, c’est le département à renouveler le plus grand nombre de sièges derrière Paris : le [...]
Lire la suite ...

Élections sénatoriales : dans le Pas-de-Calais, la droite (presque) unie, la gauche en ordre dispersé et l’éventualité du Rassemblement National :
Pour les prochaines élections sénatoriales, les gauches ne font pas bloc dans le Pas-de-Calais. La droite, elle, table [...]
Lire la suite ...

Concours : Mélodie Lehoucq, jeune championne de dessert
À 18 ans, Mélodie Lehoucq a terminé 5 du championnat de France du dessert catégorie juniors. La championne régional [...]
Lire la suite ...

Plan Bio : Rencontre entre acteurs des territoires
Organisée par la région Hauts-de-France et la Draaf, une rencontre des territoires bio s'est tenue le mardi 21 mai dan [...]
Lire la suite ...

Sélection : Le Boulonnais comme passion
Marie-Laure et Jean-Pierre Longueval élèvent et sélectionnent des moutons du Boulonnais depuis un peu plus d'une déc [...]
Lire la suite ...

Portrait : Julien Tourtelot, le footballeur maraîcher
À 27 ans, Julien Tourtelot porte plusieurs maillots. Celui de footballeur à l'US Vimy en Nationale 3, la sixième divi [...]
Lire la suite ...

Portrait : Gregory Nocqs, agriculteur traileur
Agriculteur installé à Thiant, près de Valenciennes, Gregory Nocqs est un passionné de trail qui court pour le plais [...]
Lire la suite ...

Événement : à Tilloy-lès-Mofflaines, Terres en fête se prépare
Terres en fête débute vendredi prochain mais, depuis plusieurs semaines déjà, organisateurs et entreprises prestatai [...]
Lire la suite ...

Au cœur des terres

#terresetterritoires