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Témoignage d’Aline Havez : La ferme, outil d’apprentissage

17-03-2023

Actualité

Bien dans ses bottes

À la Ferme de Berlette, Aline Havez accueille depuis plus de dix ans des classes. Cet accueil fait partie intégrante de son exploitation pour apprendre aux jeunes la réalité de son métier.

À 42 ans, Aline Havez accueille une soixantaine de classes par an sur son exploitation. © E. P.

Depuis 12 ans, Aline Havez produit des yaourts et desserts laitiers avec le lait de son exploitation. Mais surtout, elle accueille des enfants de la maternelle à la sixième, ou en situation de handicap sur sa ferme de Berlette, à Calonne-sur-la-Lys (62).

Grâce à son atelier de transformation, elle leur apprend à fabriquer du beurre, du sorbet… mais aussi et surtout, elle leur transmet les réalités de son métier.

Du social à l’agriculture

Cette envie de transmettre et aider les gens à s’épanouir, Aline Havez l’a dans le sang et en a même fait son métier. Si ses parents étaient agriculteurs, elle s’est d’abord dirigée vers le social en devenant directrice d’une association pour personnes âgées, puis formatrice en aide à la personne avec son diplôme d’État en économie sociale et familiale. « Il y a 25 ans, on parlait moins des femmes en agriculture et le social m’intéressait. Mais au fond de moi il y a toujours eu cette envie de travailler avec la terre. »

Le retour aux sources a lieu un peu poussée pas son mari. « Quand mon père a annoncé qu’il partait et donc que ses parts dans le Gaec étaient à prendre, mon conjoint m’a encouragé à le faire. On était toujours à la ferme à donner un coup de main. Mais bon, ça voulait dire pour moi quitter un 35 heures avec sept semaines de congés payés par an ! Il fallait que j’y réfléchisse. »

Finalement, décision est prise de revenir sur l’exploitation mais à une condition : « Créer un atelier de transformation dont j’aurais la charge. Les associés de mon père ont accepté (ils étaient au nombre de trois. Aujourd’hui le Gaec est divisé entre Aline Havez et son cousin, ndlr). J’ai passé mon BPREA (brevet professionnel responsable d’entreprise agricole) par correspondance et me suis installée en 2011. »

Aujourd’hui, Aline Havez gère essentiellement l’atelier de transformation et un week-end sur deux, elle prend le relais de son cousin pour gérer les 70 vaches de l’élevage laitier. Chose rendue possible par « l’acquisition d’un robot de traite qui donne une certaine souplesse. Car moi, avec simplement un BPREA, je ne peux pas faire ce que fait mon cousin. »

60 références

Aujourd’hui, le petit labo d’Aline Havez a bien grandi et produit près de 60 références : yaourts aromatisés, aux fruits, sur coulis, liégeois, crèmes aux œufs, crème, beurre… Tout ce qu’on peut faire avec du lait, La ferme Berlette le produit.

Quatre salariées, à plein temps (35 heures en quatre jours) sont en charge de la transformation. Pour ce qui est de la distribution, « on livre dans des magasins de producteurs, des épiceries et dans les distributeurs automatiques. On assure aussi des commandes par internet via le site Le Court-circuit. On fait aussi un peu de restauration scolaire ».

La ferme possède également un magasin de vente directe, ouvert le vendredi après-midi et le samedi matin.

L’accueil d’enfants : une évidence

Autre point essentiel pour l’installation d’Aline Havez : « Être labellisée Savoir Vert. Ça a été une volonté dès mon retour sur l’exploitation car je voulais garder le contact avec le monde extérieur. Mais aussi, inversement, permettre aux enfants d’être connectés au monde agricole. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce ne sont pas que les citadins qui sont en déconnexion avec nous… »

Exemple de l’utilité de l’accueil d’enfants sur son exploitation, « lors d’une visite, une poule a fait un œuf et un élève a lancé “Oh, un Kinder !” Je me suis dit que vraiment, ce que je fais n’est pas vain », se souvient-elle.

Pour elle, ouvrir les exploitations, c’est aussi expliquer des choses comme « le fait que si l’on traite tôt le matin ou tard le soir ce n’est pas pour se cacher. C’est juste une nécessité. Je leur explique aussi pourquoi on utilise des produits phytosanitaires de temps en temps (l’exploitation est certifiée HVE, ndlr). Je me dis que le soir en rentrant à la maison, ils en parleront à leurs parents ! »

Concrètement, Aline Havez accueille en moyenne 60 classes par an, essentiellement issues d’établissement de la région (dans un rayon de 30 km). « La visite se prépare en amont avec l’enseignant afin de l’adapter à l’âge des enfants. Je propose plusieurs thèmes : du blé au pain, sur la fraise, les betteraves sucrières, le lait et la découverte de la ferme avec les cinq sens (pour les tout-petits). »

Pour chaque thème, Aline Havez ajoute un atelier pratique en laboratoire de transformation : fabrication de pain, réalisation d’un sorbet à la fraise, création de caramel mou ou encore d’une motte de beurre. « Dans le labo, nous faisons essentiellement des produits laitiers. Mais le but est que quel que soit le thème, ils fassent quelque chose de leurs mains, car ils retiennent mieux. »

Parallèlement, La ferme Berlette accueille également toutes les semaines trois enfants de l’IME de Beuvry, souffrant de troubles du spectre autistique, âgés de 7 à 8 ans. « Ils restent une heure à 1 h 15. Là, il n’y a pas de thème mais plutôt des petites activités. L’objectif est de les faire monter en autonomie. Par exemple, au début ils me voyaient donner à manger aux animaux et maintenant ils le font seuls. Dans ce cadre, le but n’est pas de transmettre des savoirs mais d’accompagner des enfants dans leur développement, être un maillon dans leur cheminement. » 

Le Savoir vert, c’est…

Pour rappel, le Savoir vert est une association qui permet à des classes de visiter des fermes. Aujourd’hui, l’association est forte d’un réseau de 130 fermes entre les Hauts-de-France et l’Alsace.

Concrètement, l’exploitant suit une formation pour être agréé par l’Éducation nationale. Ensuite, les écoles peuvent réserver des visites, qui sont au prix de 145 € (montant que gagne l’exploitant, auquel il déduit 7,50 € de cotisation). Visite qui ne reviendra à l’école qu’à 100 € car la Région prend en charge 45 €.

Eglantine Puel

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